Trapped Weaves

       Recherches autour du tissage et de ses possibles dérives. Les trapped weaves (tissages piégés) sont des tissus à la construction inhabituelle, ce qui les rend mystérieux, intrigants, et dont l’utilisation pourrait changer notre rapport à l’objet tissé (vêtement, hamac…). En effet, certains se délitent quand on tire dessus, d’autres possèdent des zones cachées et inaccessibles dans lesquelles des choses pourraient être dissimulées…
       Pousser la technique du tissage dans ses retranchements et l’utiliser comme un langage, en s’appuyant sur ses règles fondamentales pour le détourner et créer des tissus, en quelque sorte, magiques.

Trapped weave#1

       Ce tissage semble, au premier abord, des plus banals. Cependant, lorsque l’on tire sur chacune de ses extrémités, le tissus se scinde tout à coup en deux, se divise sans résistance. 
       C’est de ce projet que vient le nom « tissage piégé » car on peut imaginer les conséquences si un tel tissu était employé pour un vêtement ou un meuble. 

Trapped weave#2

   

       Ce qui est visible dans ce tissage ce sont uniquement les fils de chaîne (pour les non initiés, les fils que l’on tend au début d’un tissage, la base du tissu. Ils sont traditionnellement partiellement ou entièrement recouverts avec les autres fils, les fils de trame, que l’on vient tisser autour d’eux). Ainsi ont été tissés des fils de trame, en nombreuse quantité, qualité, couleurs, cependant ils demeurent absolument invisibles. C’est frappant sur la 2ème photo où l’on voit un fil rouge et épais traverser le tissu, mais n’apparaître pour autant à aucun moment dans le tissage (ni devant, ni derrière).
       Ainsi les fils de trame, restés inexplicablement invisibles, rythment les motifs du tissage. Ce sont eux qui donnent ces effets de lignes, de damiers etc. En d’autres termes, ils s’expriment par l’intérieur et sont visibles comme une conséquence, mais pas directement.

Trapped weave#3 aka The Door

       Ici une mise en forme de la technique développée dans Trapped Weave#2, autrement dit de n’avoir visible que la chaîne du tissage. Ici cette technique est mise au service d’un projet représentant une porte ancienne en bois, avec moulures et traces de vieillissement. Les fils de trame (les seuls visibles) sont choisis en fonction de leur couleur (des teintes marron, pour le bois, grises, noires et vertes pour le vieillissement du matériaux. Comme on le voit sur le métier à tisser, tous les fils de trame restent visibles sur le tissage final. Les fils de chaîne n’apparaissent que sur les côtés et en volume. Ils ont pour fonction dans ce tissage de créer les effets de moulures voulus pour la Porte. Les différentes découpes dans le « bois » ont aussi été possibles grâce aux fils de chaîne, utilisés en 9 groupes différents, rassemblant et séparant, toujours de l’intérieur, les fils de chaîne.

voir projet  The Door

       Lors d’un stage au sein de l’entreprise Aya de Cauville à Abidjan (Côte d’Ivoire), j’ai eu la chance de voir le travail des tisserands de la région de Bouaké, qui travaillent le pagne traditionnel baoulé. A ma grande surprise, dans leur travail du tissage, leur fils de trame sont eux aussi invisibles. Leurs motifs sont créés sur les fils de chaîne, avec de la teinture, avant l’installation sur le métier. Les fils de trame ne servent qu’à « garnir » la chaîne « de l’intérieur », à la rendre solide, mais ne modifient en aucun cas son aspect visuel.